Chroniques de Terra

Par l’archiviste Siméon McDougall​

Chapitre 2 : L’exode


    Peut-on sincèrement en vouloir aux Hyrulies d’avoir abandonné notre monde peu de temps après la guerre contre les ténèbres de l’Ender ? Peut-on leur reprocher leur désir de vouloir une vie ailleurs, et surtout meilleure ? Y répondre à l’affirmative revient à s’en vouloir à nous-même puisque nos ancêtres ont fait ce même choix. Nous sommes les descendants des Kokiri, qui résidaient alors dans la forêt éponyme, qui ont pris la décision de quitter leur terre natale afin de retrouver la paix et la sécurité. Parce qu’ils avaient peur. Je fais référence à la vraie peur, celle qui noue le ventre et fait perdre l’équilibre. La peur d’un cauchemar devenu réalité et que le seul réveil possible survient dans la mort. Une terreur difforme et sans nom qui ronge l’esprit, bouille le sang et crispe tous les muscles du corps. Les Kokiri étaient effrayés. Un monde qu’ils ne connaissaient pas s’abattait sur eux et ils ignoraient comment le combattre. Ils voyaient des choses qu’ils n’avaient jamais vues, entendaient des choses qu’ils n’avaient jamais entendues. Leur forêt était devenue méconnaissable. Tout leur monde s’effondrait. Alors ils sont partis, non sans avoir vainement tenté de résister. Seulement, ils ne le pouvaient point, victime de leur propre isolement. Bien qu’ils ne se reconnaissaient pas parmi les Hyrulies, les Kokiri étaient bel et bien des leurs. Leur mode de vie différait complètement de celui des grandes civilisations. Leurs connaissances différaient également. Ils étaient perçus comme des arriérés. Pourtant, ce sont ces arriérés qui ont choisi de rester et rien n’indique qu’ils l’ont regretté. C’était ce qui les différenciait véritablement des Hyrulies. Ceux de la forêt de Kokiri étaient attachés à ce monde. Ce même monde qui sèmera la terreur dans leur cœur. 
    L’épisode historique qui suit cette innommable terreur est connu dans les archives sous le nom de « l’exode ». Pour nous, hommes et femmes civilisés de Terra, c’est ainsi que débute notre Histoire. J’ai le regret de vous confirmer que ce fut par la peur, la famine et la dévastation que tout commença. Votre bon serviteur, Siméon McDougall, archiviste de formation, veillera à vous éclairer sur le grand voyage entreprit par nos ancêtres kokiri qui pavera la voie de l’une des plus grandes civilisations qu’aura connue notre monde. Parce que ce ne fut point sur les routes pavées que progressaient les caravanes des colons, mais au cœur des étendues sauvages d’un monde encore inexploré par les Kokiri, vierge et truffé de dangers.


L’exode
    Après le départ des Hyrulies par les portails, ils restaient deux choix aux survivants de la forêt de Kokiri; fuir à leur tour en compagnie de ceux envers qui ils ne ressentaient aucun lien ou rester. Ne pouvant se résoudre à abandonner tout ce qu’ils avaient appris à chérir depuis des millénaires, ils optèrent pour la seconde option. Mais le portail du Nether, déjà bien enraciné, avait corrompu leur habitat. La nourriture comestible se raréfiait. L’eau, auparavant cristalline et fraîche, s’empoisonnait graduellement jusqu’à la rendre stagnante et verdâtre. Les animaux mutaient jusqu’à se transformer en bêtes agressives, dignes des créatures peuplant le Nether. Puis, la forêt ne fut pas épargnée par l’essence maléfique autrefois générée par le portail de l’Ender. Les morts se relevaient chaque nuit et déambulaient dans le sous-bois, en une parodie macabre des anciennes patrouilles forestières. Les Kokiris peinaient tant bien que mal à survivre et à combattre la corruption en pleine progression. Mais leurs moyens étaient limités par leurs connaissances primitives; leurs armes, leur manque de savoir magique et leurs défenses inefficaces ne leur permettaient pas de repousser le mal qui s’infiltrait chaque jour plus profondément. De nombreux clans et groupes de colons choisirent de trouver une autre vie ailleurs, laissant derrière eux la forêt qui les a vues naître et les Kokiri les plus réfractaires à l’exil.
    Dans toutes les directions, les colons s’installèrent hors de la forêt. Mais c’est vers les terres chaudes et arides du sud-est que la majorité des Kokiri se dirigèrent. Le long des rivières, dans les plaines, les savanes et les déserts, ils fondèrent des villages, érigèrent des palissades et exploitèrent les ressources que la terre leur offrait. En dépit du changement drastique de milieu qui ne ressemblait en rien aux infinies étendues boisées de la forêt de Kokiri, les colons s’adaptaient bien à leur nouvel environnement. Il y eut néanmoins des exceptions. Certains clans ne parvinrent pas à trouver le confort ni le bonheur dans les villages et les villes, d’un climat autre que tempéré. Au fond d’eux, ils regrettaient leur départ de leur forêt natale malgré la corruption qui y détruisait tout ce dont ils chérissaient. Beaucoup ont finalement rebroussé chemin pour disparaître à jamais. D’autres ont peut-être réussi à atteindre la forêt de Kokiri qu’ils avaient jadis quitté. Nul ne connaîtra jamais leur destin. Mais certains autres ont fondé de nouveaux royaumes au cœur des forêts sauvages. Nostalgiques, ils ont recréé un mode de vie adapté à leur besoin. L’un de ces royaumes forestiers subsiste encore aujourd’hui, concentré autour d’un arbre gigantesque. Ce royaume, autoproclamé « empire de l’arbre », est devenu depuis l’une des factions majeures actuelle de Terra.
Ailleurs, le peuplement s’accélérait et chaque année, de nouveaux exilés rejoignaient et intégraient les villages établis. Au fil des ans, les villages devinrent des bourgades. Au fil des décennies, les bourgades devinrent des villes. Au fil des siècles, les villes furent fortifiées et des châteaux furent bâtis. La zone sur laquelle nous vivons, soit celle située au sud-est de la forêt de Kokiri est de très loin la plus peuplée et, je m’en excuse auprès de tous les autres peuples de Terra, la plus civilisée de notre mon connu. Au fil des millénaires, tout ceci devint la Terra telle que nous la connaissons aujourd’hui.

    Comme je l’ai précisé, l’exode eut lieu partout sur Terra. Il est donc possible de trouver différents villages et bourgades disséminées partout sur la surface du monde, bien qu’elles soient toutes de moindres envergures. Certains clans ont même traversé les océans afin de s’établir outre-mer et ceux connues jusqu’à ce jour semblent vivre en paix et avoir prospéré au fil des millénaires. Mais toutes les tentatives de colonisation ne connurent pas un dénouement heureux. Certaines caravanes de colons furent incapables de se défendre contre les morts-vivants, la nuit venue. Des colons furent parfois attaqués par des animaux sauvages ou des monstres féroces. Dans certains cas, ce fut la rigueur du climat qui mit tristement un terme aux longs voyages. En quelques occasions, plus rares mais j’ai tout de même peine à l’écrire, ce fut l’œuvre de pillards en quête d’objets de valeur et / ou de nourriture. L’être humain peut se transformer en le plus meurtrier des prédateurs lorsque ses intentions sont mauvaises… D’autres expéditions connurent un triste destin malgré de fructueuses associations. C’est ce qui se produisit pour les clans Fantomh et Bobgreg,  des alliés qui allaient par la suite s’entretuer.
    Ces deux clans à l’amitié éternelle quittèrent ensemble la forêt de Kokiri en direction de l’est. Après un voyage houleux, ils s’établirent le long de la côte de l’océan et fondèrent un village qui était appelé à prospérer en raison de son emplacement avantageux. Mais plutôt que de fusionner pour former un seul clan, des querelles divisèrent les membres des deux clans respectifs au sujet du partage des terres et de la direction idéologique que devait prendre le clan. Le conflit s’amplifia et au bout d’une année, l’alliance rompit. Les Fantomh et les Bobgreg se combattirent mutuellement jusqu’à se transformer en massacre. Vaincu, les Bobgreg survivants furent condamnés à l’exil par les vainqueurs et fuirent en direction du sud. Les Fantomh, malgré leur victoire, étaient désormais trop affaiblis et manquaient cruellement de ressources. Au bout de quelques années, les Fantomh affamés, constatant l’impossibilité de se remettre de ce triste épisode, s’exilèrent à leur tour en abandonnant derrière eux les vestiges d’une nation ruinée qui leur promettait un avenir pourtant glorieux. L’on n’eut plus aucune nouvelle des Fantomh.

    Bien que cet exemple soit le seul répertorié dans les archives, il demeure improbable qu’il soit unique. À l’instar de toutes les civilisations ayant pu émerger sur Terra, nous sommes actuellement dans ce que nous pourrions appeler d’ère de la découverte. Chaque année, des explorateurs reviennent avec des trésors de richesses et de connaissances. Chaque année, nous enrichissons nos archives de davantage d’anecdotes et d’événements que nous n’aurions jamais soupçonnés. Il existe et il s’est passé des choses incroyables qui ne demandent qu’à être étudiées. Quel fou oserait prétendre qu’il n’existe aucune autre civilisation telle que la nôtre, ailleurs sur Terra. Nos ancêtres communs ont souffert pour nous offrir ce que nous possédons aujourd’hui et il est du devoir de l’historien d’honorer leur mémoire tout en s’assurant de poursuivre incessamment les recherches. Je crains fort que nous ne connaissions encore qu’un mince fragment de notre Histoire. 
 

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